Pour ceux qui ont raté le début : il est inutile d'espérer trouver un quelconque résumé du chapitre I, non mais des fois. Vous croyez peut-être pouvoir vous octroyer le luxe de sauter un chapitre et de récupérer le fil de cette merveilleuse histoire sans faire le moindre effort. Mais la genèse de Ratapoil, c'est pas les feux de l'amour, faudrait voir à pas confondre. Alors, soit vous avez malencontreusement sélectionné le chapitre II, tout excité que vous étiez à l'idée d'avoir enfin une explication à ce mystère, et auquel je ne peux vous donner que deux conseils : une genèse n'est pas un commentaire de texte sur les origines, c'est un chouia romancé, faut pas oublier que je suis payé à la ligne ; et deuxièmement, si vous tapez à côté à chaque fois que vous êtes excité, ne vous étonnez pas d'être encore célibataire. Si par contre vous avez avec ostentation directement choisi ce chapitre-ci, vous avez tout du lecteur atypique. En principe, Rod et moi, on apprécie. Mais on rigole pas avec la genèse.
Ahem...
Donc, il était clairement établi que l'humanité naissante faisait crânement valoir ses droits sur le reste de la nature, et de quelle manière. L'armurier texan de base aurait déjà fait fortune, pour vous dire. Et qu'on ne vienne pas nous faire la morale avec la fabuleuse capacité d'adaptation de l'homo sapiens à un environnement hostile, sinon je mériterais le prix Pulitzer d'adaptation pour mettre un bon taquet à mon voisin qui rentre saoul comme une otarie tous les soirs, ça c'est de l'environnement hostile, et je ne parle même pas du best-of de Frédéric François que cet abruti met en boucle.
Quand soudain, des obscurs tréfonds d'une âme humaine, naquirent 3 syllabes. "Raaeeu-Taaeeuu-Pooiill". C'était le signe de reconnaissance des hommes parmi les bêtes. La première pensée inutile et gratuite, voire absurde, mais il faudra plusieurs dizaine de milliers d'années avant que l'absurde ne soit gratifié. Ah, on le reconnaît bien, malgré l'accent tout empreint de rusticité qui fait le charme des jurassiens et des hommes des cavernes, notre fameux Ratapoil. Imaginez le désarroi dans lequel se trouve plongé notre ami préhistorique. D'ailleurs, puisque nous allons explorer ses pensées, il serait bon de lui attribuer un prénom, ou à tout le moins un sobriquet. Appelons-le donc Sigismond. Sigismond, par habitude et par héritage, ne se distingue guère de l'animal, sa pensée est toute pragmatique et se résume en quelques concepts simples : manger, dormir, se reproduire, défoncer la gueule de tout ce qui n'est pas de sa tribu, en voilà un beau programme électoral.
Vous aurez noté le dénuement extrême de cet ensemble de pensées, qui fait écho au dénuement non moins extrême de Sigismond, puisque n'est guère évoqué le concept de 'tanner du cuir de vache pour s'en faire un pagne'. Cela montre une chose, c'est qu'en ces temps anciens, on se baladait avec le chibre ostensiblement à l'air, ce qui est excellent pour la spermatogenèse, et en prouve une autre : Ratapoil est un concept fondamental.
Imaginons donc Sigismond face à face avec Ratapoil, dont il ne sait que faire. Il ne comprend même guère d'où cela peut lui venir. "Diantre, se dit-il en son for intérieur, tout à coup enrichi d'un vocabulaire que notre époque ne renierait pas, je sens s'agiter en moi les spectres de l'inconscient, alors que j'ai juste envie de me délester discrètement de mon repas d'hier soir et participer ainsi au grand cycle du recyclage des matières organiques à composés azotés, pour le plus grand bien de la flore ainsi que des nombreux insectes qui trouveront pitance là où mes congénères ne verront qu'un étron".
Or Sigismond ne goûte guère ce genre d'aventure intérieure, il veut juste vaquer à ses besoins, et il lui est proprement insupportable que quoi que ce soit ne le retarde, ne serait-ce que d'une seconde. Et devant l'inconnu, il adopte la seule stratégie qu'il a toujours appliquée avec acharnement et succès : il cogne d'abord et il regarde ensuite. S'armant d'un magnifique gourdin en chêne véritable, le voici en train de se marteler la tête (qu'il a fort dure par ailleurs) pour avoir la paix, tant et si bien que notre pauvre ami finit par se l'exploser. Juste retour de manivelle, Ratapoil a provoqué la première mort absurde. L'humanité n'était pas encore prête à recevoir ce cadeau.
Les esprits les plus affûtés auront bien évidemment noté, avec un grand plaisir qui confine à l'extase, l'ultime paradoxe dont Sigismond est l'auteur et la victime. Lui qui pensait faire offrande à la nature du produit de sa digestion, le voilà tout entier offert aux charognards et aux asticots.