Conter l'histoire d'une genèse est une véritable gageure. Alors, en plus, celle de Ratapoil, pensez donc. Où entamer d'un coup de plume sur une feuille vierge cette histoire à côté de laquelle la bible n'est qu'une aimable histoire de toto ? Remontons ensemble au premier événement du monde, le big bang. Le temps n'existe pas. L'espace n'est qu'une douce utopie. Le téléphone portable est un cauchemar en devenir, inscrit dans les lignes les plus sombres du destin, quelque part entre le vin rosé, les yaourts bio et le best-of de Frédéric François.
Quand soudain, semblant crever le ciel,
Et venant de nulle part,
Surgit non pas un aigle noir,
Mais l'univers, soyons ambitieux.
Ca c'est de la genèse où je ne m'y connais pas, mais pas celle de Ratapoil, sinon ce moment aurait été dénommé, avec beaucoup d'à-propos, big ratapoil. Certes, la scène aurait été cocasse : cette débauche de pure énergie s'accompagnant d'un gigantesque et sonore 'RATAPOIL' porterait la signature d'un univers dédié au comique, à l'absurde et à la bonne chère, mais tel n'est pas le cas.
Le temps s'écoule, passent les jours, les semaines, les millions d'années, toujours sans aucune trace de Frédéric François. Et paf, la voilà, elle débarque sans prévenir, tapie au fond du gigantesque bouillon de culture qu'est la Terre d'il y a longtemps, cette chose insignifiante et bien faiblarde : la vie. Et bien, force est de constater que la première forme de vie est une bête cellule, puis une bactérie, et non pas un ratapoil. Cherchons ailleurs l'origine de notre genèse, tant pis. Cependant, s'il arrivait qu'un biologiste ou qu'un médecin de renom prononçât délibérément le nom ratapoil au sujet des structures primitives de la vie, et ceci devant un aréopage de ses confrères sans s'en excuser, nous serions amenés à réfléchir sur cette histoire, mais alors là ça me trouerait le cul.
Et voici lancé le grand roman des races et des espèces. C'est qu'elle s'amuse, mère Nature, à en fabriquer des machins bizarres ! Tenez, les dinosaures par exemple, c'est tout de même quelquechose, non ? Vous auriez pu inventer un truc pareil, vous ? hein, franchement ? Malheureusement, nous volons de déception en déception, puisqu' aucune de ces créatures préhistoriques ne portait le nom de ratapoil, et n'était capable de produire un cri semblable. Et pourtant, un troupeau de brontosaures barrissant à qui mieux-mieux le traditionnel 'Rataaappooooilll' à l'heure du rut, voilà qui eût bien avantageusement remplacé, au hasard, une chanson tirée du best-of de Frédéric François.
"Alors, c'est pour quand .", vous impatientez-vous ?
Eh. Deux secondes. C'est moi qui raconte, et une genèse, ça ne se bâcle pas à la sauvette. On est en train de placer le contexte historique et culturel. Et cessez de m'interrompre quand je raconte.
Quand soudain, semblant crever le ciel,
Et venant de nulle part,
Surgit non pas un aigle noir,
Mais un
géocroiseur de catégorie 5, une putain de dieu de météorite géante si vous préférez.
Qui n'était pas identifiée sous le nom de code ratapoil non plus. Ce coup de billard cosmique sonne le glas des dinosaures et voit l'avènement du règne des mammifères, dont la souris, la baleine et les ancêtres de l'homme. Scène ô combien célèbre, filmée par Frédéric François Stanley Kubrick, de son vrai nom Stankey Lubrick, mais bon, on ne lui en veut pas, que celle de l'homme-singe confronté à la noirceur du monolithe, découvrant la maîtrise de l'outil pour aller défoncer la gueule de ses congénères. L'humanité a rencontré son destin : découvrir des outils pour défoncer la gueule de ses congénères et du reste des animaux aussi tant qu'on y est. Le reste n'est qu'accessoires.
Un mammouth qui paisiblement se repaît des maigres herbes de la toundra ? On lui défonce sa gueule pour se vêtir de fourrures. Un renne se rendant à son rendez-vous annuel avec le Père Noël ? Défonçons-lui sa sale gueule de renne, il y a de la bonne viande. Un arbre fruitier que les saisons chargent de mets délicats au palais ? Allez, hop, défonçage de sa gueule pour faire la barrière d'un enclos à moutons dont on défoncera la gueule plus tard, mais ne vous inquiétez pas, on ne les oublie pas. Monde barbare soumis à la dure loi du plus fort, pourquoi as-tu engendré tant de mammouths indolents, de rennes serviables, de moutons dociles sinon pour le plaisir sadique de l'homme ?
C'est en cet instant d'égarement qui sépare l'animal de l'homme, qu'intervient la genèse du ratapoil.