La révolution française n'a pas eu lieu.
(Une enquête passionnante, en plusieurs parties,
du célèbre enquêteur/historien Marc Wyzsynoskvrtwzky dit « le Polak »)
Les effets ratapoils remontent à la plus haute antiquité, c'est bien connu. Et l'ensemble des dirigeants de la planète, en toute période, en ont usé pour abuser les hommes (les femmes aussi, mais c'est tout de même beaucoup plus simple, pas besoin de ratapoil pour ça) quant à la réalité de leur existence, un peu comme dans Matrix, mais en plus élaboré, beaucoup plus fin, quelque chose de gracile, d'élégant, de subtil, bref, français. Bon, enfin bref, au risque de ma vie, sur plusieurs années passées à rencontrer des personnes mêlées de près ou de loin au complot Ratapoil, à filocher les principaux suspects, à recouper dans des bars glauques des renseignements auprès d'informateurs borgnes, j'en suis arrivé à l'irréfutable conclusion suivante : la Révolution française est une vaste supercherie. Les rois de France nous dirigent encore, les Capétiens sont toujours en place grâce à leur terrifiante maîtrise de l'effet Ratapoil. Par ces révélations, je suis désormais en danger de mort. Je ne dormirai plus jamais dans le même lit les soirs, je ne reviendrai plus en France, je changerai d'identité tous les matins, les messieurs en blanc n'entendront plus jamais parler de moi. Mais la vérité est à ce prix. Le Ratapoil est tombé dans les pires mains qui soient : celles des descendants d'Hugues Capet. Voilà, en légation, mes notes prises au cours des près de 30 ans d'enquête. Mais ils viennent déjà, là, Mon Dieu, je...
1er mars 1975 - Blomac-sur-Gardonnière
Malgré mes déjà 27 ans, mes rouflaquettes et mes pat' d'eph. en velours grosses côtes, je suis un enquêteur reconnu à Blomac-sur-Gardonnière. J'ai résolu en moins de trois jours l'affaire du mouton du Père Granchier et il me fallut à peine deux jours pour comprendre qui vendait de la farine frelatée à la vieille Aimée du moulin des Tours, qui donnait ce goût de chiotte aux brioches de la Mado, la boulangère. Je me réveille donc, en ce funeste premier mars, et, comme d'habitude, je vais au café du sport pour mon premier Calva. Là, au milieu des conversations anodines, je surpris une phrase que j'entends encore raisonner dans ma tête comme un tocsin funeste (a-t-on jamais vu de tocsin guilleret, devais-je penser par la suite, mais c'et là un autre sujet) « baaaah mais tout ça c'est politique et compagnie. Y vont pas tout nous-y dire, tu penses bien, c'est magouille et ratapoil tout ça. ». Lentement, je me retournai : le père Granchier, mon dernier client. Je ne sais pas pourquoi, mais cette phrase me parût lourde de sens. Je me mis à réflechir à celà non sans reprendre un autre Calva, dans la mesure où ça aide à la réflexion par chez moi. Mais ce jour là, rien ne vint. Je m'en veux, depuis, de ce troisième calva. Peut-être alors aurais-je fait le lien. Mais j'anticipe.
18 avril 1975 - Blomac-sur-Gardonnière
Les gendarmes sont formels : le père Granchier s'est pendu, et personne ne l'a aidé ; je n'y crois pas. C'est trop parfait, trop net, trop facile : la note de suicide qui explique qu'il ne peut plus payer les traites de la R12 et qu'il a honte, la corde de chanvre dont nul ne sait où elle a été achetée (au prétexte fallacieux que tout le monde en a une), et surtout, j'ai vu le corps. Quelque chose cloche. J'ai toujours su que les pendus ne sourient pas, n'ont pas un masque de clown et une couronne de carton sur la tête. Non, impossible ; quelque chose cloche. Les gendarmes seraient-ils complices ? Sous ses airs bonnasses, le chef du Plessis de Richelieu en sait-il long, lui que l'on appelle le Ministre (en plaisantant mais quand même) ? C'est décidé, je vais enquêter sur cette ténébreuse affaire.
20 avril 1975 - Charriac-les-Rus
Je suis allé voir aujourd'hui le plus proche ami connu du père Granchier : un certain Sire de Calonne, notaire. Quel drôle de prénom d'ailleurs. Il me dit qu'il conseillait les finances du père Granchier, que tout allait mal et qu'il comprend parfaitement les causes de son suicide. Ce Calonne est curieux, son visage poupin ne me dit rien qui vaille, sans compter ses vêtements et sa perruque d'un autre âge. Et toute cette poudre sur le visage, cette mouche ridicule sur la joue... ri-di-cule. Bien un notaire tiens. J'apprends par une indiscrétion du chef de gare, le père Turgot, qu'il prend un billet aller/retour pratiquement toutes les semaines pour Paris mais qu'il descend à Versailles. Tiens tiens, qui donc irait payer un billet pour Paris tout ça pour descendre à Versailles ? La simple lecture de l'indicateur Cheix montre qu'il y a un train direct, le 11h31, pour Versailles. Aucun homme ne prend sans sérieuse raison un train pour aller moins loin qu'on ne le veut. Quelque chose de louche se passe. Mon enquête avance.
24 avril 1975 - Blomac-sur-Gardonnière
Aujourd'hui, j'ai repris deux fois du Calva pour accompagner la tarte tatin de la Jeanine du café des sports. Je n'aurais pas dû, j'ai eu l'estomac tout retourné le restant de l'après-midi. Mon enquête n'a pas avancé d'un pouce. Le père Granchier a été enterré dans la banlieue parisienne, à Saint-Denis. On me dit que c'est une banlieue rouge. Or, le père Granchier, je m'en souviens bien, ne pouvait déjà pas supporter le PSU alors les cocos, hein, vous voyez ce que je veux dire ; c'est cousu de fil blanc. Malgré mon mal au crâne, je sens qu'il y a aussi à creuser par là. Quant à la Marie, sa femme, qui me dit qu'il avait de la famille là-bas et qu'il voulait être enterré au milieu des siens, je rigole doucement. Le Père Granchier, depuis qu'il était revenu de la guerre, n'avait jamais quitté Blomac, ni mentionné la moindre famille ailleurs. C'est sûr qu'il y a un truc. Mais quoi ? Serait-ce lié à l'affaire du mouton ? Peut-être, un reproducteur comme ça, ça va facilement chercher dans les 10.000 (anciens) francs. Je suis encore dans le noir mais j'avance à tâtons. D'ailleurs, ce soir là, je m'étais violemment cogné. Mais en fait, c'était le calva. Quand même, c'est un signe.
(à suivre...)